Atteindre l'immatérialité. Voilà le but que je me fixe, là en regardant mon sirop. Son vert émeraude avait toujours éveillé en moi cette vieille impression d'espace psychédélique. Je ne lui envie désormais plus que sa transparence. Même les plus belles couleurs s'effacent pour que l'on déchire nos frontières de papier mâché, nos barrières conventionnels, pour voir toujours plus loin.
Une menthe à l'eau qui me chuchote que ma vie n'est pas là, que le courage ça ne s'apprend pas, ça ressemble à ça. Une chute. Un évanouissement total, la tête seule ne flanche pas, il y a les membres et puis les convictions aussi. De l'eau et du sucre qui parle, on est loin de la recette miracle qui fera de moi une Super Nana.
Je vous l'accorde. L'immatériel n'a aucun sens de l'humour et je le regretterai. Le rire n'existe que dans l'imperfection. C'est sûrement ça qui me raccroche à mon enveloppe corporelle humaine défectueuse.
J'admire ma tempérence. La dose de sirop est parfaite, un peu plus et je ratais une prévision de mes regrets futurs.
Voilà tout ce qu'ils auront gagné derrière leur tasse de café en porcelaine intransigeante : un regard voilé par l'opacité.
Vous savez ce qu'il y a dans translucide et ce qu'il y a dans concentré.